Le Groupe d'action financière (GAFI) a ouvert, le 24 juin 2026, une consultation publique sur un projet de lignes directrices destinées à accompagner la mise en œuvre de la Recommandation 16 (R.16) révisée, consacrée à la transparence des paiements — la « règle de voyage » (travel rule). Ce texte technique concerne directement les émetteurs de monnaie électronique (EME), les prestataires de services de paiement (PSP) et les fintechs actifs sur des corridors transfrontaliers, y compris entre la zone UEMOA et le reste du monde.
Le GAFI a déjà amendé la Recommandation 16 et sa note interprétative en juin 2025. La consultation ouverte depuis le 24 juin 2026, et close le 21 août 2026, ne porte pas sur une nouvelle révision de la norme mais sur les lignes directrices pratiques pour l'appliquer. Les pays doivent être prêts à mettre en œuvre les changements d'ici fin 2030. Les établissements financiers qui traitent des virements transfrontaliers — EME, PSP, banques correspondantes — sont en première ligne, y compris sur les corridors UEMOA via la BCEAO et le GIABA, qui transposent les standards du GAFI au niveau régional. [!RESUME]
Une consultation sur le mode d'emploi, pas sur une nouvelle norme
Il faut lever une ambiguïté fréquente : la Recommandation 16 n'est pas « en cours de révision » en 2026. Le texte de la norme et sa note interprétative ont été amendés par le GAFI en juin 2025, pour tenir compte de la diversité croissante des produits et services de paiement, des acteurs de marché, des modèles économiques, des technologies et des standards de messagerie. Ce qui se joue actuellement, entre le 24 juin et le 21 août 2026, c'est la consultation sur le projet de lignes directrices d'application de cette R.16 déjà amendée — un document qui précisera comment les établissements assujettis doivent concrètement se conformer aux nouvelles exigences de transparence sur les données du donneur d'ordre et du bénéficiaire.
Cette distinction compte pour les équipes conformité : elle signifie que l'architecture de la règle est déjà arrêtée, et que la fenêtre de contribution actuelle porte sur des points d'application plus opérationnels — traitement des paiements groupés, seuils, cas des paiements par lots, interaction avec les messages ISO 20022. C'est aussi la dernière occasion, avant la finalisation des lignes directrices, de faire remonter les difficultés pratiques rencontrées par les PSP et EME opérant sur des corridors incluant des juridictions à infrastructure de paiement moins mature.
Calendrier de la R.16 : norme adoptée, guidance en consultation
| Étape | Date | Statut |
|---|---|---|
| Amendements à la R.16 et sa note interprétative | Juin 2025 | Adopté par le GAFI |
| Ouverture de la consultation sur le projet de lignes directrices | 24 juin 2026 | En cours |
| Clôture de la consultation | 21 août 2026 | À venir |
| Échéance pour la mise en œuvre par les pays | Fin 2030 | Fixée |
Ce que la R.16 révisée exige des établissements financiers
La Recommandation 16 impose aux PSP d'accompagner les virements de données précises et exploitables sur le donneur d'ordre et le bénéficiaire, afin de permettre aux autorités de détecter et de retracer les flux suspects. La révision de 2025 actualise ces exigences pour :
- couvrir explicitement une plus grande diversité de produits de paiement (paiements instantanés, paiements par lots, nouveaux rails de paiement) ;
- clarifier les obligations des acteurs intermédiaires dans une chaîne de paiement à plusieurs PSP ;
- tenir compte des standards de messagerie actuels, notamment ISO 20022.
Les lignes directrices en consultation visent à traduire ces principes en attentes opérationnelles concrètes pour les superviseurs et les établissements assujettis.
Pourquoi les EME et fintechs sont en première ligne
Les émetteurs de monnaie électronique et les fintechs de paiement sont particulièrement exposés à cette évolution pour trois raisons.
D'abord, leur modèle repose souvent sur des chaînes de paiement à plusieurs intermédiaires — agrégateurs, partenaires bancaires, correspondants — où la transmission fidèle des données du donneur d'ordre et du bénéficiaire à chaque maillon est plus complexe à garantir que dans une relation bancaire bilatérale classique.
Ensuite, une part significative de leur activité s'exerce sur des corridors transfrontaliers, notamment entre l'Union européenne et l'Afrique de l'Ouest, où les standards du GAFI sont transposés au niveau régional par la BCEAO et le GIABA. Un établissement financier opérant sur ces corridors doit donc anticiper une double vigilance : les exigences telles qu'appliquées par son superviseur national, et leur déclinaison régionale via le corpus BCEAO/GIABA, qui s'aligne sur les standards du GAFI sans nécessairement en reprendre le calendrier à l'identique.
Enfin, les fintechs disposent en général de moins de recul historique que les banques établies sur la conformité aux exigences de transparence des paiements, ce qui rend la fenêtre de consultation d'autant plus utile pour faire remonter des difficultés d'implémentation avant que les lignes directrices ne soient figées.
La consultation du GAFI ne modifie pas la norme : elle en précise l'application. Les établissements qui traitent des paiements transfrontaliers ont jusqu'au 21 août 2026 pour faire valoir leurs observations sur le projet de lignes directrices, avant que celles-ci ne deviennent la référence d'application pour les superviseurs. [!CLE]
Ce qu'un établissement financier peut faire dès maintenant
- Cartographier ses chaînes de paiement transfrontalières pour identifier les maillons où la transmission des données donneur d'ordre / bénéficiaire est aujourd'hui incomplète ou dégradée.
- Comparer ses pratiques actuelles au texte amendé de juin 2025, disponible sur le site du GAFI, pour mesurer l'écart avant que les lignes directrices ne précisent les attentes de mise en œuvre.
- Contribuer à la consultation, directement ou via une association professionnelle, avant le 21 août 2026, notamment sur les cas d'usage propres aux corridors UEMOA-UE.
- Suivre la déclinaison régionale par la BCEAO et le GIABA, qui déterminera le calendrier effectif applicable aux établissements opérant en zone UEMOA.
L'échéance de mise en œuvre par les pays est fixée à fin 2030 par le GAFI — un horizon lointain qui ne doit pas conduire à différer la mise en conformité. Les lignes directrices issues de cette consultation façonneront les attentes des superviseurs nationaux bien avant cette date butoir, et la déclinaison BCEAO/GIABA pour la zone UEMOA peut retenir un calendrier propre. Ces échéances sont à reconfirmer à la source au moment de la mise en œuvre. [!ATTENTION]
- GAFI (FATF), *Public consultation on draft Guidance to support the implementation of Recommendation 16 (Payment Transparency)*, ouverte le 24 juin 2026, clôture le 21 août 2026 — fatf-gafi.org
- GAFI, amendements à la Recommandation 16 et à sa note interprétative, adoptés en juin 2025 — fatf-gafi.org
- Soumission des commentaires jusqu'au vendredi 21 août 2026 à FATF.Publicconsultation@fatf-gafi.org
Sources consultées le 19 août 2026.
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