Le Mali affiche l'un des taux de pénétration du mobile money les plus dynamiques de l'UEMOA. État des lieux d'un marché en forte croissance, mais désormais sous tension concurrentielle et fiscale.
Une adoption qui a doublé en cinq ans
Selon l'AMRTP (Autorité malienne de régulation des télécommunications, des TIC et des postes) :
- 14,5 millions de comptes mobile money recensés en 2022, contre 5,8 millions en 2017 (+150 %).
- Taux de pénétration du mobile money passé de 31 % à 66 % sur la période.
- Le mobile money contribue à hauteur de 30 % au taux d'inclusion financière du pays, estimé à 54 % en 2022.
Le service s'est imposé comme un levier majeur d'inclusion dans un pays où la bancarisation classique reste faible.
Un marché de plus en plus concurrentiel
Longtemps dominé par les opérateurs télécoms — Orange Money et Moov Money (Malitel) —, le marché voit monter de nouveaux acteurs : Sama Money, Wave, Wizall Money. Cette concurrence tire les tarifs vers le bas et élargit l'offre (transferts, paiements de factures, recharges, micro-services financiers).
Orange Money conserve une place centrale, avec un réseau de distribution dense (de l'ordre de 71 500 points de vente au Mali en 2024) et des partenariats de transferts internationaux.
Fiscalité : un point de tension en 2025
En février 2025, une taxe de 1 % sur les retraits mobile money a été instaurée. Sa prise en charge par certains acteurs — Wave, aux tarifs agressifs — a été jugée anticoncurrentielle par les autorités, qui ont demandé sa répercussion sur les frais clients. Un signal que la maturité du marché s'accompagne d'un durcissement de son encadrement économique.
Le cadre BCEAO en toile de fond
Le mobile money malien s'inscrit dans le cadre régional de la BCEAO : régime de la monnaie électronique (adossement des encours à des dépôts), nouveau statut d'établissement de paiement, et surtout arrivée de l'interopérabilité des paiements instantanés (PI-SPI), dont le raccordement devient obligatoire au 30 juin 2026. Pour les acteurs maliens, cette interopérabilité pourrait rebattre les cartes en fluidifiant les transferts entre réseaux.
Ce qu'il faut retenir
Le Mali illustre la trajectoire type d'un marché mobile money d'Afrique de l'Ouest : adoption massive, concurrence croissante, encadrement réglementaire et fiscal qui se renforce. Les prochains mois — interopérabilité, agréments d'établissements de paiement, fiscalité des retraits — détermineront l'équilibre entre inclusion financière et soutenabilité économique du secteur.
Sources
- AMRTP — données 2022 sur le mobile money au Mali (14,5 M de comptes ; pénétration 31 % → 66 % ; inclusion 54 %).
- Agence Ecofin ; Sahel Tribune — taxe de 1 % sur les retraits (février 2025) et décision de la DGCCC.
- BCEAO — cadre monnaie électronique / établissements de paiement ; dispositif PI-SPI (raccordement au 30 juin 2026).